Les examens à distance font désormais partie du quotidien de bien des cégeps, collèges et universités : programmes de formation continue pour adultes en emploi, cours à distance, examen final pour des personnes étudiantes qui ne peuvent pas se déplacer. La question n'est presque jamais de savoir s'il faut les surveiller, mais comment le faire sans confier le jugement à un algorithme.

Que vous soyez à la direction de la formation continue, conseillère ou conseiller pédagogique, ou à la tête des TI, vous avez sans doute vu une démonstration de surveillance par IA, puis entendu les objections qui suivent : celles des personnes étudiantes, des enseignants et du responsable de la protection des renseignements personnels. Cet article explique comment fonctionne habituellement la surveillance par IA, pourquoi les établissements hésitent, et propose un modèle centré sur l'humain qui garde la surveillance rigoureuse, sans reconnaissance faciale ni donnée biométrique.

Comment fonctionne la surveillance par IA ?

La plupart des outils de surveillance par IA suivent le même modèle. Un logiciel installé sur l'ordinateur de la personne étudiante enregistre la caméra, le micro et l'écran, et un algorithme analyse l'enregistrement à la recherche de comportements associés à la tricherie :

Chaque événement est pondéré, puis regroupé dans un score de suspicion ou de risque pour la séance. Les réviseurs trient les séances selon ce score et regardent d'abord les plus élevées. L'identité est souvent vérifiée au départ en comparant une photo prise par la caméra à une pièce d'identité ou à une image de référence : c'est de la reconnaissance faciale.

L'attrait est réel : quelques réviseurs peuvent couvrir des milliers de séances, à toute heure. La plupart des fournisseurs rappellent d'ailleurs qu'un signalement n'est pas un verdict et qu'une personne doit l'analyser. L'hésitation vient de tout ce qui entoure cette analyse.

Pourquoi les établissements hésitent-ils ?

Les faux signalements mettent les personnes étudiantes sur la défensive. Un algorithme qui surveille les yeux et les visages ne distingue pas la réflexion de la tricherie. L'étudiante qui lève les yeux au plafond pour retrouver une formule, l'étudiant qui lit une question à voix haute ou qui partage un petit logement avec un tout-petit peuvent se retrouver dans la pile « risque élevé ». Même quand le signalement est écarté, la personne a parfois dû se justifier, et le point de départ est passé de la confiance au soupçon.

Les enjeux d'équité sont largement rapportés. Des personnes étudiantes et des groupes de défense des droits ont largement fait état de difficultés de détection du visage plus fréquentes chez les personnes à la peau foncée ou dans un éclairage faible, au point de devoir ajouter de la lumière ou se déplacer avant même de commencer. Des personnes étudiantes en situation de handicap ont rapporté avoir été signalées pour des tics, des mouvements involontaires, des mouvements oculaires atypiques ou l'utilisation d'une technologie d'assistance. Ces comportements font partie de leur façon de travailler ; ce ne sont pas des indices de tricherie.

Le stress n'a rien à voir avec l'examen. Savoir qu'un logiciel note votre regard change la façon de passer un examen. Bien des personnes étudiantes disent fixer l'écran pour ne pas détourner les yeux, ou craindre qu'un colocataire entre dans la pièce. Cette anxiété ne mesure rien de ce que le cours cherche à évaluer.

Les données biométriques pèsent plus lourd sur le plan juridique. Un gabarit facial est une donnée biométrique, que les lois sur la protection des renseignements personnels traitent comme particulièrement sensible. Au Québec, vérifier ou confirmer l'identité d'une personne au moyen de caractéristiques biométriques entraîne des obligations supplémentaires : le consentement exprès de la personne est requis, et le procédé doit être déclaré à la Commission d'accès à l'information (CAI) avant sa mise en service. Comme un examen est rarement facultatif, le responsable de la protection des renseignements personnels voudra aussi savoir ce qui arrive à la personne étudiante qui refuse.

Tout nouveau système de surveillance, avec ou sans IA, appelle en outre une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP), comme l'explique l'article surveillance d'examens et Loi 25. Ce sont des obligations générales : validez leur application à votre projet avec votre responsable de la protection des renseignements personnels ou vos conseillers juridiques.

Ce qui ne suffit pas à lui seul

Les établissements méfiants envers la surveillance par IA se rabattent souvent sur l'une de trois options. Chacune a sa place ; aucune ne suffit à elle seule pour un examen à distance à fort enjeu.

Le point commun : soit personne ne voit ce qui s'est passé, soit personne ne peut le démontrer après coup.

Un modèle de surveillance centré sur l'humain

La solution de rechange à la surveillance par IA n'est pas une surveillance allégée. C'est une surveillance où le logiciel applique les règles et documente les événements, et où des personnes portent tous les jugements. Six principes valent, quel que soit l'outil choisi.

1. Confirmez l'identité avec les comptes que vous gérez déjà

Les personnes étudiantes se connectent avec leur compte de l'établissement par authentification unique : vos politiques de mot de passe et d'authentification multifacteur s'appliquent, et il n'y a aucun nouveau compte à créer. Une personne confirme ensuite visuellement que c'est la bonne personne étudiante, par exemple en comparant l'image de la caméra à sa carte étudiante. Une salle d'attente permet à la personne surveillante de valider les présences avant l'examen, et une solution de secours comme un code unique évite qu'un échec de connexion fasse perdre du temps d'examen.

2. Verrouillez l'environnement d'examen, examen par examen

Bloquez ce que l'examen n'autorise pas : autres sites Web, applications, extensions de navigateur et outils d'IA. Permettez ensuite ce qu'il autorise : un PDF pour un examen à livre ouvert, Excel pour un laboratoire, ou un outil d'IA générative si l'enseignant le permet. Les technologies d'assistance prévues dans les mesures d'accommodement d'une personne étudiante doivent rester accessibles. L'IA générative mérite son propre plan, présenté dans bloquer ChatGPT pendant les examens en ligne.

3. Enregistrez ce dont l'examen a besoin, sans plus

Décidez pour chaque examen quelles captures se justifient : caméra, micro, écrans, clavier et souris. Un examen final à livre fermé peut toutes les exiger ; un laboratoire à faire à la maison n'a peut-être besoin que de l'écran. Dites aux personnes étudiantes à l'avance ce qui est enregistré, qui le verra et quand ce sera supprimé.

4. Détectez des événements par des règles, pas par des scores

Une règle s'explique : une application non autorisée a été ouverte, la fenêtre d'examen a perdu le focus, la personne a changé d'écran. Placez chaque événement sur une ligne du temps horodatée que n'importe qui peut comparer à l'enregistrement. Une règle décrit ce qui s'est passé sur l'ordinateur ; elle ne devine pas une intention à partir des mouvements des yeux.

5. Confiez l'analyse et la décision à une personne

La personne surveillante ou l'enseignant ouvre la ligne du temps, se rend au moment indiqué et regarde l'enregistrement. Bien des événements s'avèrent anodins : un clic de travers, une notification. Les autres suivent le processus de l'établissement en matière d'intégrité, où la personne étudiante est entendue.

6. Ne sanctionnez jamais automatiquement

Aucun score ne déclenche un zéro, un échec ou un signalement. Le logiciel peut lancer une alerte ; seule une personne peut conclure qu'une règle a été enfreinte.

Voici comment les trois approches se comparent :

Critère Surveillance par IA avec score Verrouillage seul Enregistrement analysé par une personne
Identité Souvent une comparaison automatisée du visage avec une pièce d'identité Connexion de l'établissement ; personne ne voit qui est au clavier Connexion de l'établissement, confirmée visuellement par une personne surveillante
Preuves Extraits signalés et score de suspicion Au mieux, les journaux de la plateforme d'examen Enregistrement et ligne du temps horodatée des événements
Qui décide Une personne en principe, guidée par le score Personne : il n'y a rien à analyser Une personne, à partir des preuves
Données biométriques Souvent, quand les visages sont comparés Aucune Aucune
Expérience étudiante Crainte d'un signalement pour un regard ailleurs ou un bruit La moins intrusive, la moins protectrice Règles connues d'avance, une personne à qui parler

Comment Examo s'en charge

Examo repose sur ce modèle centré sur l'humain. C'est une application native Windows et macOS qui encadre et enregistre un examen, quel que soit l'outil utilisé par l'enseignant pour le construire : un test Moodle, un document Word, Excel ou PDF, ou une application d'examen externe. Elle ne comporte aucune fonctionnalité fondée sur l'IA : aucune reconnaissance faciale, aucune analyse automatisée du comportement, aucune donnée biométrique.

Tous les modes et paramètres sont détaillés sur la page surveillance et verrouillage.

Les données sont hébergées dans les régions canadiennes de Microsoft Azure et dans l'environnement Microsoft 365 de l'établissement, conservées pendant la période que celui-ci fixe, jusqu'à sept ans, et ne servent jamais à entraîner des modèles d'IA. La page sécurité et confidentialité détaille ce qui est recueilli et qui peut y accéder, et la page pour les étudiants l'explique aux personnes étudiantes en termes simples. Examo est un nouveau produit de LS2 Innovation, une entreprise montréalaise dont les logiciels pour l'enseignement supérieur sont utilisés par une cinquantaine de cégeps, collèges et universités.

À retenir

  • La surveillance par IA note le regard, les visages et les sons ; les établissements hésitent devant les faux signalements, les enjeux d'équité, le stress et le poids juridique des données biométriques.
  • Un code d'honneur, un navigateur sécurisé sans enregistrement ou un appel vidéo à 30 vignettes laissent tous un angle mort : personne ne voit ce qui s'est passé, ou personne ne peut le démontrer.
  • Un modèle centré sur l'humain confirme l'identité par la connexion de l'établissement et par une personne, verrouille l'examen, n'enregistre que le nécessaire et place les événements sur une ligne du temps.
  • Le logiciel applique les règles et documente les événements ; une personne analyse les preuves et décide, et aucun score ne déclenche de sanction.
  • Au Québec, la vérification d'identité biométrique exige un consentement exprès et une déclaration préalable à la CAI ; validez les détails avec votre responsable de la protection des renseignements personnels.

Voyez un examen surveillé, sans IA dans la boucle

En 30 minutes, nous montrons la connexion, la salle d'attente, le verrouillage, un incident détecté et le rapport qu'analyse l'enseignant.

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Questions fréquentes

La surveillance par IA, est-ce la même chose que la reconnaissance faciale ?

Pas tout à fait. La surveillance par IA désigne l'analyse, par un algorithme, des enregistrements de la caméra, du micro et de l'écran pour signaler des comportements comme détourner le regard, un deuxième visage ou des voix, souvent regroupés en un score de suspicion. La reconnaissance faciale en est une technique : comparer le visage de la personne étudiante à une pièce d'identité ou à une photo de référence. Bien des outils combinent les deux.

Comment vérifier l'identité d'une personne étudiante à distance sans biométrie ?

En combinant deux contrôles. D'abord, la connexion par authentification unique avec le compte de l'établissement, qui applique vos politiques de mot de passe et d'authentification multifacteur. Ensuite, une personne surveillante confirme visuellement que la bonne personne est devant la caméra, par exemple à l'aide de sa carte étudiante, idéalement dans une salle d'attente avant l'examen. Un code d'accès unique règle les échecs de connexion sans retarder personne.

La reconnaissance faciale aux examens exige-t-elle un consentement au Québec ?

De façon générale, oui. La loi québécoise exige le consentement exprès de la personne avant de vérifier ou de confirmer son identité au moyen de caractéristiques biométriques, et le procédé doit être déclaré à la Commission d'accès à l'information avant sa mise en service. Une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP) est aussi attendue pour un nouveau système qui traite des renseignements personnels. Validez le tout avec votre responsable de la protection des renseignements personnels.

Qui décide qu'une personne étudiante a triché dans un modèle d'analyse humaine ?

Une personne, jamais le logiciel. L'outil de surveillance applique les règles de l'examen et place les événements sur une ligne du temps horodatée, avec l'enregistrement correspondant. L'enseignant ou la personne surveillante analyse ces preuves, et ce qui ressemble à un manquement suit le processus de l'établissement en matière d'intégrité, où la personne étudiante peut s'expliquer. Aucun score ne déclenche de zéro, d'échec ou de sanction automatique.

Examo utilise-t-il l'intelligence artificielle ?

Non. Examo ne comporte aucune fonctionnalité fondée sur l'IA : aucune reconnaissance faciale, aucune analyse automatisée du comportement, aucune donnée biométrique, et les enregistrements ne servent jamais à entraîner des modèles d'IA. Ses détections reposent sur des règles : application ou outil d'IA non autorisé, perte de focus sur la fenêtre d'examen, changement de fenêtre ou d'écran. Chacune est horodatée et soumise à une analyse humaine, et les données sont hébergées au Canada.